Satanée météo

La saison a filé et elle n’est pas encore terminée. 2021 est une année très mouvementée. Tout a commencé fin février quand la safer m’a contactée pour me dire que mon voisin de parcelle à Val du Layon cherchait à céder la parcelle attenante à la mienne. Après 24h de réflexion et la peur de me retrouver avec la coopérative comme voisine, j’ai pris la décision de m’agrandir à nouveau. Pas du tout à l’ordre du jour. Mes beaux projets s’en sont trouvés bousculés, mais j’ai pu découvrir le temps plein ++ du monde merveilleux des vignerons.

Les esprits du lieu m’ont envoyé la semaine suivante une femme en pleine reconversion et en recherche d’expériences variées ! Ouf ! J’ai pu finir rapidement la taille de mes parcelles et avec son aide, nous avons pu nous atteler à la taille de ces deux hectares supplémentaires pour finir début avril, juste la veille des premières gelées.

J’ai donc enchainé avec des valérianes et des balades angoissées dans mes vignes pendant deux semaines avec les gelées quotidiennes. 30% des ceps de mon ancienne parcelle de Val du layon ont brûlé. Le reste a bien encaissé. Ce n’est rien comparé aux voisins, mais la saison commençait déjà fort.

Côté soins à la vigne, j’ai pu faire mes décoctions de prêle d’avant Pâques, mes 500, mes amendements calcaires (avec le bon calcaire d’Ambillou). Je n’ai pas réussi à broyer les bois de Val du Layon, que j’ai donc brûlés. Ceux de Chalonnes alimentent les barbecues voisins.

Côté cave, j’ai mis en bouteille Maia et Dahlia qui sont partis aussi vite qu’embouteillés. Sappho a suivi en mai et enfin Sha en juin, mais ils ne seront en vente qu’à l’automne. Je me réserve pour les prochains salons. J’ai fait une expérience de vieillissement en bouteilles d’une partie de Dahlia 18, que j’ai arrêté ce printemps. Faire vieillir les vins est tellement magique. Plus de souplesse, plus d’harmonie. J’aimerais pouvoir le faire plus.

L’ébourgeonnage a été un gros chantier cette année entre l’agrandissement et le gel. J’ai encore eu la chance d’être accompagnée pour ces 3,80 ha. Puis les traitements préventifs se sont accélérés. Un par semaine, cuivre, soufre, décoctions de bourdaine, d’osier, d’écorce de chêne, de prêle, tisane de camomille, d’achillée, silice, ortie… les parcelles en bio ont bien tenu et tiennent encore, mais la pression mildiou n’a cessé d’augmenter tout au long de la saison et elle continue encore. L’été ne vient pas. La véraison se fait attendre. Dans les parcelles en conversion, c’est difficile. Celle en N2 tient toujours, elle aussi, mais les nouvelles ont lâché par endroits. C’est une expérience difficile à vivre. Visuellement, tout se dessèche, la vigne soufre, les raisins disparaissent alors que la floraison avait été si belle. Le travail s’intensifie pour contenir ce satané mildiou. Je n’ai jamais autant été dans mes vignes pour des travaux aussi physiques et aussi longs. Je pulvérise encore à dos. Un énorme travail est à prévoir pour l’année prochaine car par endroit le mildiou est entré dans le bois. Il sera aux taquets l’année prochaine.

Dans un registre plus joyeux, les vendanges vont venir doucement, et elles commencent à se préparer avec la formation des équipes. Cette année, je serai accompagnée. Puis avec Mission bocage, le projet de vitiforesterie s’intensifie car nous allons planter à l’automne encore une soixantaine de fruitiers et arbres, arbustes, haies à Val du Layon. J’espère que ces arbres en plus de temporiser les aléas climatiques pourront apporter la diversité et contrarier les maladies du bois. Ils devront aussi nourrir le rucher installé au mois de juin dans les vignes. C’est une magnifique surprise que j’ai eu. Merci Jean et Pierre Yves. Un petit essaim qui est devenu grand et regorge de miel et de couvain aujourd’hui.

Merci aussi à Sandrine Goeyvaerts pour ses gentils mots sur Corail dans le Elle à table d’avril.

Les salons ont repris et les restaurants rouvert. Le salon Canons a encore été une belle édition ! Vivement l’année prochaine. Merci à toutes ! Sibylline escapade m’a invité à une originale présentation de mes vins. J’espère qu’il y en aura d’autres.

Vous pouvez trouver mes vins dans de nouveaux lieux, en plus des anciens qui ont récupéré les nouveaux millésimes :

Le Recif à Pornichet, le tire bouchon angoumoisin à Angoulême et Mauvaise graine à Angers.

Agrandissement

La Tour Brune, c’est 1,95 ha de vignes et de bonheur maintenant ! Je n’ai même pas réussi à atteindre les deux hectares, mais j’y suis presque. J’ai donc deux îlots, un sur Chalonnes sur Loire avec le poulailler et les Cocous (en l’écrivant, je me rend compte que c’est l’ilot des oiseaux finalement, puisque Cocous en patois, ce sont les coucous) et un autre sur Val du Layon avec la Friche. Voici un petit plan interactif de mon nouveau parcellaire.

La Friche est une parcelle plantée il y a 60 ans, avec pas mal de manquants. 1,15 ha au deux tiers de cabernet franc et un tiers de chenin. C’est la même veine de schiste ardoisier qu’à l’îlot des oiseaux, mais il y est plus affleurant encore. Je comptais combler les manquants en plantant des arbres et arbustes, mais le confinement a modifié mes plan(t)s. Cela attendra dorénavant l’automne prochain. Cette parcelle est destinée à être entièrement gérée en agroforesterie. C’est un chouette projet qui me tient à cœur et qui n’est malheureusement pas réalisable dans l’îlot des oiseaux.

Depuis mon dernier billet, j’ai taillé l’ensemble de la famille et commencé à sortir les bois. Les premières décoctions de prêle, achillée, les premières menaces gelées, et autres petits aléas m’ont quelques peu retardée. Ça fait partie du métier de vigneronne. C’est même ce qui fait son charme : travailler avec le vivant.

Le confinement a aussi bien changé le calendrier des rencontres et les quelques bouteilles que j’avais mises de côté pour les prochains salons sont donc disponibles. Il ne reste que Dahlia 2018. Mais c’est de saison ! Si vous en voulez, n’hésitez pas. On trouvera un moyen.

A ce propos, amis nantais, vous pouvez le trouver à l’épicerie équitable, 12 allée de la Bouscarle de Cetti à Nantes.

À Rennes, chez Origines 2 rue de l’Hotel Dieu.

Pour les béarnais, ça se passe à La Légende, 5 rue de l’abbé Duplech à Sauveterre en Béarn.

Et une fois le déconfinement officialisé, allez aussi boire les dernières bouteilles de Maia au Restaurant Caché, 23 villa Riberole à Paris 20e.

Le grand débordement

Il a fait chaud ; il a fait froid ; il a plu ; il a venté ; il a grêlé ; il a tonné ; il a de nouveau plu et il fait beau. Mai a été très intense. Cette météo a donné un cadre idéal à la vigne qui a alors, rattrapé le calendrier de 2017. Le mois touche à sa fin et les premières fleurs se préparent dans les parcelles. L’exubérance des végétaux tous azimuts et les éléments déchainés m’ont fait prendre du retard. Le travail du sol a été fait mais l’herbe a vite repris ses droits. Le tirage des bois est terminé et l’ébourgeonnage est toujours en cours. Je ne suis pas en avance.

Dahlia a fini de digérer sa mise en bouteille et s’est rééquilibré. Il a retrouvé son intensité, sa force, ses arômes prononcés de fruits rouges et poivre blanc si typiques du Pineau d’Aunis, son côté légèrement beurré, brioché. Entretemps, ses étiquettes sont arrivées. Au vue des faibles quantités, je n’ai ni eu le choix du type de papier ni eu celui du format. Heureusement, Amélie Patry et Freddy Guédot ont fait un très beau travail sur son graphisme. J’aime beaucoup le résultat. Avec une petite touche de cire en guise de chapeau, tout est fin prêt pour la dégustation ! Dahlia 2017 n’attend plus que vous.

Il faut maintenant envoyer les premières commandes, préparer la mise de Cocous, finaliser les étiquettes de Zelda, ne pas oublier l’Administration, protéger la fleur, dompter l’enherbement, accompagner la vigne… La course n’est pas finie !

1ère mise en bouteille

Le mois d’avril a été celui de la première mise en bouteille du domaine. Dahlia, rosé, vin de France, Pineau d’Aunis – Cabernet Franc, est un vin archinature, sans collage, ni filtrage, ni sulfites ajoutés. La mise en bouteille tardive lui a permis de travailler son élevage et de prendre quelques notes typiques des élevages sur lies. Il faut attendre le mois de juin pour commencer à le déguster.  Cette mise en famille fût un grand moment de joie chargé d’émotions. D’autres mises ne vont pas tarder (Cocous), j’ai hâte !

Le mois d’avril était aussi celui des derniers piochages, des tirages de bois, des récoltes de plantes et des premières pulvérisations : décoction de prêle, tisane reine des prés, extraits fermentés de fougères, de consoude, de luzerne pour accompagner les premières pousses. Les bourgeons étaient dans leurs cotons dès le 2 avril puis en pointes vertes à la moitié du mois. Depuis la pousse ne s’est plus arrêtée.

La formation pépinières suit son cours, toujours aussi riche et chaleureuse. Vivement le mois de juillet pour les prochaines sessions.

 

Fin d’année et renouveau

L’hiver s’est installé ; la pluie est revenue ; 2017 se termine et prépare le terrain pour 2018 : une pause dans les travaux des parcelles pour bien anticiper le prochain millésime, un état des lieux pour refaire le palissage et mettre à jour les données parcellaires, des temps de formations, voilà décembre qui touche déjà à sa fin.

Les résultats des analyses de sols sont revenus d’Australie. Les parcelles sont très carrencées. Les vignes ont fait un travail formidable en 2017 avec si peu de moyens. Les amendements calcaires étaient judicieux. Il faut maintenant prévoir un compost de fumier, de la dolomite et pour 2018, de nombreux passages d’extraits fermentés ortie et consoude, des hachés de plantes vertes aussi… Il sera nécessaire de commencer tôt et de ne rien lâcher. Ne pas oublier de changer aussi 200 piquets et quelques km de fils.

Les formations de la pause hivernale ont commencé. Au programme cet hiver : taille respectueuse des flux de sève avec Marceau Bourdarias et la CAB pays de la Loire, et couverts végétaux avec Mathieu Archambeaud et l’ATV 49. Ce sont des temps vraiment importants pour mener à bien des reflexions sur le long terme. La formation de Marceau Bourdarias nous a beaucoup chamboulés. La taille ne va pas être évidente cette année !  Mais le solstice est passé, elle va pouvoir commencer.

Côté vins, les élevages suivent leurs cours et se passent bien, si ce n’est l’absence de malo du gamay. Les premières dégustations ont eu lieu et les retours semblent positifs, des vins de plaisirs, de soleil et de partages entre amis, en toute simplicité. Il va falloir penser aux premiers embouteillages.

D’ici là, bonnes fêtes de fin d’année à vous tous.

Les tries d’Octobre

Le mois d’Octobre a été rythmé par les rendez-vous du labo itinérant d’œnologie de la CAB et les tries sur le Chenin.

Une première trie a été faite le 10 Octobre avec un beau potentiel de 18,5°, de magnifiques arômes de fruits exotiques. Une semaine plus tard une seconde trie a donné 22° de potentiel, avec des arômes plus mielleux, plus confits mais tout aussi savoureux. Ce sont en tout 5Hl/Ha de magnifiques Côteaux du Layon en devenir. Ils ont été débourbés à froid 24 heures puis se sont installés pour une douce fermentation, une partie en cuve inox, une partie en dames jeanne. Merci une nouvelle fois aux amis et à la famille pour leur aide généreuse.

Grâce à la Coordination Agrobiologique des Pays de la Loire et notamment Nathalie, Marie et Bertrand, nous avons pu suivre pas à pas les fermentations du Rosé, du Gamay et des Chenins, en analyses potentiel redox, PH, microscope et conseils oenologiques précieux. Nous avons aussi fait le point sur les grands axes à travailler en viticulture pour 2018. La saison 2017 est à peine terminée que celle de 2018 nous réclame ! C’est reparti !

 

Premières vendanges

Les vendanges 2017 ont commencé très vite.

Dès la fin Août, les tests de maturité se sont affolés. Les taux de sucres sont montés en flèche, l’acidité a chuté mais pépins et rafles ont tardé à suivre le mouvement avec le redoux du début de mois. Après de nombreuses tergiversations, c’est finalement le 7 septembre qu’ont commencé celles de la Tour Brune avec les Gamays. Une équipe de choc m’a prêté main forte, prête à toutes les plongées, tête la première… dans les ceps et dans les seaux.

Ce jour là, nous avons pu ramener suffisamment de raisins de belle qualité au chai, équivalent à presque 20hl/ha. Ils ont été traités sans sulfites en macération semi-carbonique pour 9 jours. Le 16 septembre nous avons en famille testé le pressoir avec cette vendange macérée. Elle a été remis aussitôt en fermentation.

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Le 23 septembre, ce fût au tour du Pineau d’Aunis et du Cabernet Franc. Ils ont été vendangés ensemble, le Cabernet Franc paraissant très faible en rendement et le Pineau d’Aunis commençant à souffrir de pourriture acide. Effectivement, seulement l’équivalent de 9hl/ha ont pu être pressés. Après un pressurage direct, ils ont été gardé au frais 18h pour un débourbage léger toujours sans sulfites. La fermentation a démarré 24h après le débourbage. Là encore, des fruits bien mûrs avec beaucoup de sucres, des arômes et un peu plus d’acidité préservé que pour le Gamay.

Merci à tous les bénévoles qui m’ont soutenue dans la bonne humeur ! Le mois d’Octobre sera celui du Chenin.